Promouvoir la science : Rendre les infrastructures accessibles grâce à la mobilisation des connaissances Recommandations pour les laboratoires fédéraux

Résumé des recommandations

Soumis à Normes d’accessibilité

Canada 31 octobre 2025

Chercheuse principale : Irena Creed, Université de Toronto à Scarborough

Équipe de recherche : IDEA-STEM Consulting, Inc.

Table des matières

A. Changements politiques et systémiques

B. Mise en œuvre, évaluation et amélioration continue

C. Pratiques et outils en milieu de travail (mesures quotidiennes et immédiates)

D. Formation, culture et participation

E. Gouvernance et responsabilité

Les recommandations suivantes visent à soutenir les efforts continus visant à améliorer l’accessibilité des infrastructures et des pratiques fédérales.

A. Changements politiques et systémiques

Objectif : Gouvernance, responsabilisation et alignement interministériel pour intégrer l’accessibilité dans les environnements scientifiques fédéraux.

1. Mettre en œuvre la conception universelle pour les laboratoires nouveaux et rénovés

En mettant en œuvre les principes de conception universelle comme exigence politique dans tous les aspects de la planification des nouveaux laboratoires, nous pouvons prévenir les obstacles dès le départ. Cette approche va au-delà de l’infrastructure physique pour s’attaquer aux obstacles pédagogiques, sociaux et techniques, améliorant ainsi l’expérience globale du laboratoire pour tous les utilisateurs.

2. Adopter des normes d’accessibilité qui dépassent les normes minimales

Soutenir activement les efforts en cours visant à élaborer et à mettre en œuvre des normes d’accessibilité des laboratoires conformes aux cadres de la CSA et du gouvernement fédéral, y compris les modèles de conception et les critères d’acceptation.

Veiller à ce que les normes dépassent les normes juridiques minimales et adoptent les critères d’accessibilité les plus élevés en vigueur.

Exiger une co-conception participative, impliquant les personnes handicapées dans l’élaboration des normes de laboratoire.

Travailler avec d’autres ministères et organismes concernés pour élaborer les normes, notamment Laboratoires Canada, Services publics et Approvisionnement Canada et la Direction de la politique des biens immobiliers et du matériel du Secrétariat du Conseil du Trésor.

Réviser les normes tous les trois ans, en mettant l’accent sur les innovations et en reconnaissant la diversité des environnements, tels que la pêche et la foresterie, qui nécessitent de prendre en compte des exigences uniques et évolutives.

Créer des espaces flexibles comme des espaces modulaires qui permettent des changements en fonction des besoins (par exemple, des paillasses de laboratoire sur roulettes); des raccords de tuyaux réglables pour des hottes à hauteur réglable.

Fournir des bancs, des éviers et des postes de travail à hauteur réglable, ainsi que des rangements pour les appareils de mobilité.

Installer des ouvre-portes automatiques et des leviers au lieu de boutons pour les entrées et les salles de laboratoire.

Utiliser des combinaisons de couleurs à contraste élevé pour les surfaces de travail, les bords des équipements et les cadres de porte.

Éviter l’éblouissement et prévoir un éclairage réglable et un éclairage de travail aux postes de travail.

Équiper la signalisation, les instruments de laboratoire et les commandes d’étiquettes tactiles ou en braille.

Utiliser des alarmes visuelles en plus des alarmes audio pour les hottes aspirantes et les urgences.

Intégrer des systèmes de masquage sonore et des matériaux absorbants sonores.

Désigner des espaces de collaboration ou de réflexion calmes, loin du bruit ambiant.

Proposer des solutions de rechange accessibles telles que des robinets et des commandes sans contact ou à levier, des raccords de tuyaux flexibles et des poignées de rechange pour les outils de laboratoire.

3. Exiger une co-conception « Rien sur nous »

Exiger une co-conception avec les personnes handicapées dans la conception des programmes, des politiques et des espaces, de la proposition jusqu’à l’évaluation post-occupation.

Reconnaître l’expérience vécue comme une expertise par le biais de pratiques de rémunération.

4. Pratiques d’approvisionnement accessibles

Intégrer les exigences d’accessibilité dans toutes les décisions d’approvisionnement et de conception, en priorisant les fonctionnalités qui permettent des mises à niveau ultérieures personnalisées. Cette mesure nécessitera que les organismes fédéraux travaillent en collaboration avec l’organisme responsable de l’approvisionnement.

Inclure des exigences normalisées accessibles dans les demandes de propositions qui doivent être respectées dans le cadre du processus d’évaluation.

Créer un inventaire centralisé des équipements scientifiques accessibles existants, y compris la date d’achat, tels que les balances parlantes ou à gros caractères, les règles en braille ou tactiles, les calculatrices et minuteries parlantes, la verrerie facile à saisir et les agitateurs électriques.

Veiller à la conformité des pratiques avec les lignes directrices en matière d’approvisionnement de Normes d’accessibilité Canada.

5. Financement stratégique et alignement institutionnel

Mettre en place un fonds d’investissement centralisé ou interorganismes pour soutenir les améliorations en matière d’accessibilité, en particulier pour les bâtiments existants et les installations de recherche spécialisées. Le fonds devrait être lié à une planification élargie des infrastructures nationales. Prioriser le financement en fonction des notices d’impact, des risques pour la sécurité et de l’alignement sur les objectifs de recherche inclusifs.

6. Exigences essentielles et justifiées en matière d’accessibilité des laboratoires

Exiger que les descriptions de poste incluent des tâches claires qui sont véritablement essentielles et se concentrent sur les résultats à atteindre, plutôt que sur la manière d’effectuer le travail. Rechercher des moyens flexibles et créatifs pour permettre aux personnes de répondre aux exigences du poste avant de décider que la participation ou les mesures d’adaptation ne sont pas possibles.

7. Fournir des politiques et des documents en langage clair

Veiller à ce que les politiques et procédures d’accessibilité soient rédigées dans un langage clair et incluses dans tous les documents d’intégration et de formation. Envoyer un rappel annuel à tous les employés décrivant les aides à l’accessibilité disponibles et les étapes claires pour en faire la demande.

8. Intégrer l’accessibilité dans toutes les politiques d’évaluation des risques et les directives ministérielles

Intégrer les contrôles d’accessibilité dans les évaluations des risques, les analyses de sécurité au travail et les directives ministérielles; mettre à jour les modèles et la formation en conséquence.

B. Mise en œuvre, évaluation et amélioration continue

Objectif : Appliquer l’accessibilité dans la pratique, surveiller les résultats et affiner les normes et l’infrastructure au fil du temps.

1. Incorporer l’échange de connaissances et la Communauté de pratique sur l’accessibilité dans les laboratoires scientifiques fédéraux.

Exiger et soutenir la collaboration interorganismes, par exemple par l’intermédiaire de la Communauté de pratique sur l’accessibilité dans les laboratoires scientifiques fédéraux existante, afin de faciliter l’échange de connaissances et l’intégration avec les cadres fédéraux d’accessibilité et d’infrastructure.

Établir une plateforme interministérielle d’échange de connaissances, en collaboration avec Ressources naturelles Canada, Laboratoires Canada et la norme Conception accessible pour l’environnement bâti (CAN/ASC B651) de l’Association canadienne de normalisation, co-marquée par le Groupe CSA et Normes d’accessibilité Canada, afin de mobiliser les leçons retenues, de saisir les innovations et de reproduire des solutions efficaces.

2. Effectuer l’audit des laboratoires

Réaliser des audits d’accessibilité réguliers et encourager la co-conception participative, en impliquant les personnes handicapées et les utilisateurs du laboratoire dans le processus. Créer un référentiel central d’audits d’accessibilité, de correctifs ponctuels, de fonctionnalités de conception accessibles, en mettant l’accent sur les innovations, les recommandations et les priorités pour soutenir l’échange de connaissances et la responsabilité.

3. Donner la priorité aux améliorations d’accessibilité pour les laboratoires fédéraux

Mettre en place un système d’évaluation des priorités en matière d’accessibilité à l’aide de critères cohérents (urgence, faisabilité, alignement sur les objectifs). Lorsqu’une refonte complète n’est pas possible, privilégier des solutions adaptatives qui permettent d’obtenir des résultats équitables.

Appliquer trois tests pratiques lorsqu’un espace ou un équipement ne peut pas être rendu entièrement accessible : a) équivalence des résultats; b) adaptation à faible coût; c) participation à distance ou hybride.

Établir des niveaux de priorité :

Niveau 1: Priorités immédiates et critiques, par exemple, systèmes d’urgence inaccessibles, obstacles aux tâches essentielles, besoins d’adaptation non satisfaits, conditions nocives.

Niveau 2: Priorités fonctionnelles et programmatiques, par exemple, aménagements/équipements inaccessibles, obstacles sensoriels, mises à niveau permettant des tâches essentielles, espaces partagés inclusifs.

Niveau 3: Priorités stratégiques et orientées vers l’avenir, par exemple, intégrer des fonctionnalités accessibles dans la recapitalisation, mettre en œuvre des normes dans les systèmes numériques, élaborer des formations, des politiques et des modèles.

4. Établir une stratégie de modernisation à plusieurs niveaux pour les laboratoires plus anciens

Adopter une approche de modernisation à trois niveaux : Immédiat (faible coût), moyen terme (mises à niveau progressives), long terme (renouvellement des immobilisations).

Mettre à disposition une trousse normalisée à « résultats rapides » (ex. : rampes portatives, mobilier ajustable, signalisation, outils ergonomiques).

Définir les modernisations à moyen terme (éclairage, traitements acoustiques, amélioration des équipements informatiques pour l’accès à distance).

Lier les modernisations à long terme aux cycles de renouvellement des immobilisations.

5. Viser l’accessibilité dans les laboratoires à haut confinement ou à contamination contrôlée

Intégrer l’accessibilité dans la conception, la rénovation et l’exploitation des laboratoires à haut confinement et à contamination contrôlée afin de garantir la sécurité, l’autonomie et l’inclusion de l’ensemble du personnel.

6. Renforcer l’accessibilité sensorielle et environnementale dans les laboratoires

Intégrer des mesures d’accessibilité sensorielle et environnementale dans la conception, la rénovation et l’exploitation des laboratoires pour favoriser une participation équitable des personnes présentant divers types de handicaps. Cela peut inclure l’identification ou la création de zones à faible stimulation pour les travailleurs, l’utilisation d’un éclairage réglable et d’une gestion du son, et la mise en œuvre d’horaires flexibles pour réduire la surcharge sensorielle.

7. Contrôler les conditions nocives lors des rénovations et des modifications de l’espace de travail

Intégrer une gestion environnementale axée sur l’accessibilité dans les projets de rénovation, englobant la planification préalable à la rénovation, le contrôle de la ventilation et de la qualité de l’air, la gestion des horaires et de l’occupation, le réaménagement des horaires de travail, la vérification après rénovation et l’approvisionnement en matériaux à faibles émissions.

8. Prioriser les approches innovantes pour les infrastructures de laboratoire

Intégrer et mettre à l’essai des technologies d’accessibilité innovantes qui élargissent la participation dans les laboratoires où l’accès physique complet est limité.

Domaines de mise en œuvre :

• Mettre à l’essai des interfaces de contrôle à distance ou robotisées pour les instruments de laboratoire et la surveillance environnementale.

• Élaborer des modèles de laboratoire numériques 3D et des visites virtuelles pour la planification, la formation et la collaboration à distance.

• Étudier les systèmes de drones ou de caméras pour la recherche sur le terrain afin de réduire les risques physiques ou les obstacles aux déplacements.

• Aligner les projets pilotes d’innovation sur les stratégies d’accessibilité et de transformation numérique des ministères.

• Évaluer les résultats et faire part des modèles réussis par l’intermédiaire de la Communauté de pratique interministérielle sur l’accessibilité dans les laboratoires scientifiques fédéraux.

9. Élaborer un plan de renouvellement pour les infrastructures accessibles

Intégrer la planification et les mises à niveau de l’accessibilité dans tous les cycles de renouvellement et de recapitalisation des laboratoires afin de soutenir les progrès et d’assurer un alignement uniforme du financement.

Domaines de mise en œuvre :

• Exiger des évaluations d’accessibilité et une planification de la modernisation dans le cadre de chaque proposition de recapitalisation.

• Mettre en place un système de suivi pour surveiller les améliorations d’accessibilité terminées et en attente dans les laboratoires.

• Allouer des fonds d’accessibilité récurrents liés au cycle de renouvellement pour éviter les interruptions de financement.

• Veiller à ce que les améliorations d’accessibilité soient communiquées en même temps que les indicateurs d’efficacité énergétique et de sécurité.

• Donner la priorité aux laboratoires plus anciens ou à fort impact pour les inclure dans les premiers cycles de renouvellement.

C. Pratiques et outils en milieu de travail (mesures quotidiennes et immédiates)

Objectif : Mesures concrètes, outils et ressources qui améliorent l’accessibilité dans les activités quotidiennes et le travail en laboratoire.

1. Mettre en œuvre une plateforme centralisée de gestion des demandes d’adaptation et l’utilisation du Passeport

Centraliser la gestion des demandes d’adaptation et opérationnaliser le Passeport pour l’accessibilité en tant que dossier normalisé et portable des besoins.

Créer un formulaire ou un processus de demande unique, maintenir une ressource centrale de mesures d’adaptation communes et d’éléments à rotation rapide, et exiger un examen du Passeport pour l’accessibilité lors de l’intégration ou des changements d’affectation.

2. Créer une bibliothèque de prêt d’outils adaptatifs

Maintenir un catalogue central d’outils adaptatifs avec un processus d’emprunt et de retour simple dans l’ensemble du ministère.

3. Offrir des modalités de participation flexibles et à distance

Proposer des options hybrides et à distance (par exemple, des instruments accessibles à distance, des réunions virtuelles) dans la mesure du possible et lorsqu’on l’approuve. L’utilisation de la technologie peut également soutenir le travail en laboratoire, par exemple l’utilisation de drones et de modèles 3D, au lieu de se rendre physiquement sur le terrain.

4. Renforcer la priorisation des tâches et la gestion collective du travail

Adopter des tableaux de tâches partagés légers et des modèles simplifiés pour les flux de travail de laboratoire et les tâches liées aux mesures d’adaptation.

5. Mettre en place des bilans réguliers et structurés

Normaliser un point d’ordre du jour de 15 minutes sur l’accessibilité lors de rencontres individuelles entre les travailleurs et les gestionnaires, documenter les mesures et les échéanciers.

D. Formation, culture et participation

Objectif : Intégrer la sensibilisation, la culture inclusive et la participation authentique des personnes handicapées à la conception et à la prise de décision en matière d’accessibilité.

1. Former uniquement pour répondre à des besoins réels (pas de cases à cocher)

Exiger une analyse simple des lacunes avant la formation; utiliser le microapprentissage avec des exercices pratiques et des vérifications des compétences après la formation pour tous les superviseurs. S’assurer notamment que la formation comprend des études de cas adaptées à divers environnements de laboratoire et à différents types de handicaps.

2. Créer des groupes de travail sur l’accessibilité dotés d’une réelle influence

Établir les mandats, la fréquence des réunions, les normes de documentation et les droits décisionnels; inclure des membres ayant une expérience vécue.

3. Intégrer des pratiques de consultation et de rétroaction concrètes, précoces et itératives

Consulter les équipes au stade de la conception et aux étapes clés de la conception; utiliser des démonstrations, des prototypes et des comités consultatifs d’information.

Inclure les personnes handicapées et ayant une expérience vécue dans les comités, la direction, les équipes de recherche et les comités d’évaluation.

Solliciter des commentaires sur l’accessibilité et intégrer les suggestions dans les étapes subséquentes de l’amélioration continue.

4. Rendre obligatoires la sensibilisation des employés et une intégration simple pour l’accessibilité

Inclure un aperçu de l’accessibilité de 15 à 30 minutes lors de l’intégration; maintenir un centre intranet accessible de formulaires et de foires aux questions.

5. Éviter le symbolisme – privilégier la participation authentique Exiger une influence dans les processus de décision; rémunérer les contributions; toujours fermer la boucle de rétroaction.

E. Gouvernance et responsabilité

Objectif : Assurer la supervision, la transparence et le suivi continu entre les ministères.

1. Exiger des notices d’impact sur l’accessibilité dans la planification des projets

Exiger que tous les projets d’infrastructure de laboratoire incluent une notice d’impact sur l’accessibilité à l’étape de l’approbation. Exiger l’inclusion d’un résumé public des mesures d’accessibilité prévues dans les annonces de projet.

2. Rendre compte publiquement des progrès en matière d’accessibilité

Exiger des ministères qu’ils publient des mises à jour annuelles sur les mesures réalisées, les progrès mesurés par rapport aux objectifs et les plans d’accessibilité ultérieurs.

3. Élaborer des tableaux de bord d’accessibilité ministériels

Instaurer des tableaux de bord pour faire le suivi des résultats en matière de conformité, de rendement et d’accessibilité dans l’ensemble des ministères.

4. Aligner la production de rapports sur les processus de surveillance centraux

Intégrer la planification et la production de rapports sur l’accessibilité aux systèmes de surveillance existants (p. ex. Conseil du Trésor, Services publics et Approvisionnement Canada, Laboratoires Canada).

5. Intégrer les cibles d’accessibilité dans les cadres de résultats

Inclure des indicateurs d’accessibilité clairs dans les résultats et les cadres de rendement ministériels.

6. Effectuer des évaluations internes et externes régulières

Établir un cycle d’examens internes et d’audits externes pour évaluer le rendement en matière d’accessibilité.

7. Assurer une boucle de rétroaction continue Recueillir des commentaires des employés, des utilisateurs et des parties prenantes et et ajuster les politiques et pratiques en conséquence.