Promouvoir la science : Rendre les infrastructures accessibles grâce à la mobilisation des connaissances
Recommandations pour les laboratoires fédéraux
Résumé
Soumis à Normes d’accessibilité Canada
31 octobre 2025
Chercheuse principale: Irena Creed, Université de Toronto à Scarborough
Équipe de recherche: IDEA-STEM Consulting, Inc.
Table des Matières
Base de données probantes et approche
Principaux constats tirés de la documentation
A) Politique et plantification
B) Infrastructures et environnement
C) Effectif, formation et culture
D) Coordination, mesure et mise à l’échelle
Résumé
L’engagement du Canada à l’égard d’une société sans obstacle d’ici 2040, en vertu de la Loi canadienne sur l’accessibilité (LCA), établit clairement que les lieux de travail fédéraux, y compris les laboratoires, doivent relever, éliminer et prévenir de manière proactive les obstacles dans l’environnement bâti, l’emploi, les technologies de l’information et des communications (TIC), les communications, la conception des services, l’approvisionnement et les transports. Ladite loi a également établi des cadres de gouvernance (y compris des organes de surveillance et du personnel comme Normes d’accessibilité Canada, la dirigeante principale de l’accessibilité et le commissaire à l’accessibilité) et de mesure afin d’aller au-delà de la simple conformité et de garantir une mise en œuvre durable. Cette orientation nationale ne présente pas l’accessibilité comme un « élément non essentiel », mais plutôt comme un résultat obligatoire pour les organismes sous réglementation fédérale, y compris les ministères fédéraux.
Au sein même de la fonction publique fédérale, la feuille de route de la Stratégie sur l’accessibilité au sein de la fonction publique du Canada met en évidence les lacunes importantes dans l’environnement bâti, y compris un manque à gagner de 70 millions de dollars déjà signalé pour respecter les normes désuètes, et s’engage à la réalisation d’évaluations modernes, à la conception universelle et à une participation directe avec les personnes handicapées lors des rénovations et de la planification d’urgence. Les ministères sont ainsi encouragés à dépasser les exigences minimales du code et à intégrer de façon générale l’accessibilité tout au long de la gestion du cycle de vie des installations.
L’analyse de rentabilisation est tout aussi convaincante. Les personnes handicapées se butent à une insuffisance du nombre d’emplois de 16 points de pourcentage (62 % contre 78 % de personnes en emploi, âgées de 25 à 64 ans), et Statistique Canada estime que plus de 741 000 Canadiens handicapés qui ne travaillent pas actuellement pourraient travailler dans un marché du travail inclusif avec des mesures d’adaptation appropriées. Il s’agit d’un bassin de talents encore inexploités pour les fonctions scientifiques. Plus précisément, au sein de la main-d’œuvre scientifique fédérale, plus de 31 000 scientifiques représentent 11,4 % des employés fédéraux, malgré une sous-représentation des personnes handicapées (3,5 %), ce qui prouve la présence d’obstacles systémiques au recrutement, au maintien en poste et à l’avancement.
Les grands programmes de modernisation amplifient à la fois les possibilités et les risques. Laboratoires Canada propose une stratégie de renouvellement pluriannuelle et pluriministérielle qui s’appuie sur des installations modernes, une gestion de l’information et des technologies de l’information avancées, des équipements coordonnés et une atténuation des obstacles, en promettant expressément des laboratoires modernes, accessibles et durables. Les avantages signalés comprennent la création de 20 000 nouveaux emplois et une exigence de participation autochtone minimale de 5 % aux projets, avec des cadres de conception reproductibles désormais utilisés dans cinq pôles scientifiques (par exemple, Innovation et science TerraCanada, Science réglementaire et sciences pour la sécurité, Centre d’entreprise des sciences de l’Atlantique). En veillant à l’intégration de l’accessibilité dès la planification, on évite de futures rénovations et on mise sur l’inclusivité et le rendement des actifs scientifiques du Canada à long terme.
De plus, le projet pilote initiative de sciences inclusives et de laboratoires accessibles, mené par Ressources naturelles Canada, a démontré de véritables efforts pour améliorer l’accessibilité dans les environnements de laboratoire. En sélectionnant et en modernisant des sites précis sous l’angle de l’accessibilité, l’initiative démontre comment une conception intentionnelle et la collaboration peuvent favoriser une participation équitable à la science. Ce projet pilote offre une précieuse occasion de réfléchir à ce qui a été appris, à ce qui a été communiqué et à ce qui pourrait être fait différemment lors des phases ultérieures. Bien que de petite envergure au départ, l’initiative souligne l’importance d’efforts ciblés et fondés sur des données probantes pour déterminer et aborder les obstacles à l’accessibilité au sein des infrastructures scientifiques. La consignation des enseignements tirés du projet, de ses réussites en matière de conception, des défis rencontrés et des résultats obtenus, et leur partage entre les ministères et les organismes renforceront la capacité collective du Canada à planifier et à construire des laboratoires accessibles. Au cœur de ces progrès se trouve l’inclusion effective des personnes handicapées dans l’élaboration, la mise à l’essai et l’évaluation des solutions, afin de garantir que l’expérience vécue éclaire à la fois la conception et la mise en œuvre.
Enfin, la mise à jour sur l’accessibilité de la fonction publique du Conseil du Trésor suit les progrès vers l’objectif de 5 000 nouvelles embauches nettes de personnes handicapées d’ici 2025 (on avait atteint 1 085 embauches au moment du rapport) et met en évidence des outils facilitateurs comme le Fonds centralisé pour un milieu de travail habilitant (FCMTH) et le Passeport pour l’accessibilité en milieu de travail du gouvernement du Canada, renforçant ainsi le fait que la culture et l’infrastructure doivent évoluer ensemble pour atteindre l’objectif à l’horizon de 2040.
Ces structures et outils ont tous des implications pour les décideurs : L’accessibilité dans les laboratoires fédéraux est désormais une exigence prévue par la loi, un impératif pour la main-d’œuvre et un risque de modernisation des infrastructures. L’intégration de l’accessibilité dans la planification, l’approvisionnement et la culture revêt un caractère essentiel pour attirer et retenir des talents scientifiques diversifiés, assurer la sécurité des personnes et respecter les engagements du gouvernement.
Base de données probantes et approche
Ce résumé s’appuie sur une analyse documentaire (orientations, normes et études de cas canadiennes et internationales) et sur 11 entretiens semi-structurés avec des employés et des dirigeants de laboratoires fédéraux. Les entretiens ont été codés de manière thématique en fonction de l’environnement bâti, des pratiques en matière de mesures d’adaptation, des politiques, de l’approvisionnement, de la collaboration, de la culture et des solutions pratiques en cours d’utilisation.
Principaux constats tirés de la documentation
La conception universelle surpasse les mesures d’adaptation réactives : Une conception de laboratoire proactive et alignée sur la conception universelle (postes de travail et éviers à hauteur ajustable, commandes à levier, dégagements sous les bancs, allées dégagées, étiquetage très contrasté/tactile et alarmes visuelles associées à des alertes sonores) réduit les besoins futurs en matière de mesures d’adaptation et améliore la sécurité, la convivialité et la production pour tous les utilisateurs. Les orientations mettent l’accent sur la mise en œuvre de la conception universelle sur le plan de l’espace, de l’équipement, de la sécurité, des communications et des technologies de l’information, et pas seulement de l’architecture.
Des équipements accessibles et des outils multimodaux élargissent la participation : Les catalogues et listes de contrôle pratiques pointent vers des outils de laboratoire abordables et de conception universelle (par exemple, des capteurs tactiles/portant des marques en braille, des minuteries parlantes, des balances à gros caractères, de la verrerie facile à saisir) et des interfaces multimodales combinant une rétroaction visuelle, auditive et tactile, améliorant ainsi l’autonomie et la fidélité des données.
Les normes et les cadres contre le capacitisme se multiplient : Des mesures fédérales et sectorielles (p. ex. le Plan d’action des Instituts de recherche en santé du Canada contre le capacitisme) intègre l’inclusion au niveau des personnes et des projets qui seront financés et dans la façon dont les processus se déroulent, rendant obligatoires les expériences d’application sans obstacle, la transparence des données et la formation à l’échelle de l’organisme. Ces mesures s’harmonisent avec l’accent mis par la Loi canadienne sur l’accessibilité (LCA) sur la prévention et la mesure.
Au-delà de la conformité : importance des dimensions pratiques : La littérature préconise systématiquement le dépassement des normes minimales (par exemple, la largeur des allées, la hauteur des postes de travail, les hottes réglables, le contraste et les indices multisensoriels, les salles de repos et le traitement acoustique pour l’accès sensoriel). Lorsque l’accès physique complet est limité (par exemple, une zone à niveau élevé de confinement), une participation équitable peut être obtenue grâce à l’instrumentation à distance, à la robotique et aux modèles de travail hybrides.
La culture et la formation modifient les résultats : Des données probantes tirées de l’éducation et des études en milieu de travail axées sur les laboratoires illustrent que la formation participative axée sur des scénarios renforce la confiance et modifie les comportements. De plus, les procédures en langage simple et la consultation précoce facilitent la divulgation et l’utilisation des mesures de soutien, et la gouvernance et les données sont nécessaires pour l’intensification et le maintien des progrès.
Principaux constats tirés des consultations
Les lacunes en matière de connaissances et de formation ralentissent l’action : De nombreux dirigeants ne savent pas où trouver des orientations propres aux laboratoires, si elles existent et comment les appliquer. La confiance à l’égard de la planification d’aménagements accessibles est inégale (« Je ne me sens pas à l’aise de planifier des aménagements de laboratoire accessibles »). Cette incertitude relègue l’accessibilité à l’interprétation locale.
Les politiques et les pratiques doivent être mieux alignées : La consultation est tardive et l’application sur les laboratoires est déficiente. Le personnel signale l’absence d’orientations claires fédérales en matière d’accessibilité propres aux laboratoires et fait état de consultations tardives ou bidons, par exemple, les comités sans représentation des utilisateurs de laboratoire et implication limitée des scientifiques handicapés dans la planification. Les résultats sont prévisibles : des rénovations coûteuses et des obstacles évitables.
L’approvisionnement peut créer des obstacles si l’accessibilité n’est pas requise : Des achats standard où l’on ignore l’adaptabilité ou la compatibilité avec les technologies d’assistance intègrent l’inaccessibilité dans les nouveaux espaces; le Passeport pour l’accessibilité en milieu de travail est perçu comme inadapté aux contextes de laboratoire à moins d’être intégré dans les affectations, l’approvisionnement et la planification de la sécurité.
Les obstacles physiques et environnementaux sont courants et lourds de conséquences : Les exemples incluent des portes de toilettes inaccessibles et des portes sécurisées sans actionneurs, des couloirs étroits et des cabines accessibles individuelles; il a fallu neuf mois pour livrer une toilette approuvée. En ce qui concerne les éléments déclencheurs liés à l’éclairage, à la température et aux odeurs, les employés compensent en rentrant tout simplement à la maison ou en apportant des objets personnels; la signalisation manque d’indices tactiles/à contraste élevé; les meubles à hauteur fixe et les hottes non réglables limitent l’autonomie et les plans d’évacuation d’urgence laissent souvent les gens « attendre dans les cages d’escalier ».
Les processus d’adaptation sont lents, inégaux et fastidieux : Les répondants ont mentionné des délais de 6 à 12 mois simplement pour entrer dans les files d’attente d’évaluation et des demandes qui sont restées sans réponse pendant deux ans, forçant le recours à des solutions de contournement ponctuelles. Les travailleurs temporaires et les étudiants reçoivent un soutien plus faible, ce qui crée un système à deux échelons. Le financement, les bâtiments patrimoniaux (par exemple ceux contenant de l’amiante) et les délais d’investissement aggravent les retards.
La culture est déterminante : Les participants ont fait état de stigmatisation, d’incrédulité et d’exclusion des prises de décision – par exemple, consulter un organisme externe « sans les inviter à participer à cette discussion », ce qui a conduit au départ d’un collègue. Les réactions mitigées des dirigeants (« c’est logique » par rapport à « je ne pense pas que vous devriez travailler au bureau ») dissuadent la divulgation; certains employés abaissent leurs propres attentes (« je ne m’attends pas à obtenir de promotions »), réduisant ainsi la mobilisation et le maintien en poste.
Le harcèlement et la discrimination apparaissent souvent lors des processus d’adaptation : Une étude fédérale met en évidence que des incidents surviennent fréquemment pendant les processus d’adaptation et sont souvent causés par le gestionnaire, ce qui laisse croire à des lacunes en matière de formation et de responsabilisation et établit un lien direct avec les risques en matière de santé mentale, de productivité et de maintien en poste.
Des solutions ascendantes existent : Les personnes interrogées ont proposé des audits d’accessibilité, un tableau de bord d’accessibilité, des trousses « à solutions rapides » et des approches de modernisation à plusieurs niveaux, ainsi que des ressources centralisées et de co-conception. Il s’agit-là d’idées qui s’alignent directement sur les stratégies fédérales et dont la mise en œuvre peut se faire rapidement.
Tous ces constats ont des implications pour les décideurs. Les lacunes actuelles peuvent être comblées grâce à une amélioration des normes, de la gouvernance et des ressources. Les ministères qui intègrent la co-conception, les critères d’approvisionnement et l’amélioration continue combleront les lacunes le plus rapidement, tandis que ceux qui dépendent de correctifs réactifs appliqués en cloisonnement par les gestionnaires entraîneront des résultats inégaux et des coûts plus élevés à long terme.
Recommandations percutantes
A) Politique et planification
Adopter une politique de conception universelle pangouvernementale pour les laboratoires : Exiger la conception universelle pour les nouvelles constructions et les rénovations majeures (espace, équipement, sécurité, systèmes numériques). La charge en matière de mesures d’adaptation en sera ainsi réduite en aval, ce qui s’harmonisera bien avec le caractère préventif évoqué par la LCA. Fournir des modèles, des critères d’acceptation et des détails reproductibles pour normaliser la mise en œuvre entre les ministères.
Élaborer des normes d’accessibilité propres aux laboratoires qui dépassent les exigences du code : Élaborer ces normes en collaboration avec Normes d’accessibilité Canada, le Groupe CSA et Laboratoires Canada. Inclure la co-conception participative, l’applicabilité multienvironnementale (laboratoires humides, terrain, bâtiments patrimoniaux, zones de confinement) et des examens trisannuels pour souligner l’innovation.
Rendre obligatoires la co-conception et la consultation en amont, en suivant le principe « Rien sans nous » : Exiger des commentaires tirés de l’expérience vécue à l’étape du concept, des jalons de conception, de la mise en service et de l’après-occupation; indemniser les participants et garantir que leurs conseils sont contraignants pour les décisions clés.
Intégrer l’accessibilité dans l’approvisionnement : Intégrer l’accessibilité comme critère pondéré dans les demandes de propositions (DP) pour le mobilier, l’équipement et les logiciels de laboratoire; exiger des fournisseurs des preuves de l’adaptabilité et de la compatibilité des technologies d’assistance; établir un inventaire interministériel d’outils scientifiques accessibles pour accélérer le partage et réduire les doublons.
Créer un fonds centralisé de capital pour les travaux d’accessibilité : Compléter le Fonds centralisé pour un milieu de travail habilitant (FCMTH) avec un flux de capitaux pour les rénovations de laboratoires (portes automatiques, bancs réglables, alarmes visuelles), utiliser un établissement de priorités transparent (sécurité des personnes, fonctions essentielles du poste, impact pluriutilisateur) et des microsubventions pour les petits achats à rendement élevé.
Redéfinir les exigences « essentielles » du poste : Passer à des définitions de tâches basées sur des résultats; exiger une justification écrite des exigences physiques; explorer d’autres méthodes (travail d’équipe, instrumentation à distance) avant de décréter la non-faisabilité. Mettre à jour les modèles et réviser les cycles en conséquence.
Publier des politiques en langage simple et intégrer l’accessibilité à la sécurité : Établir des procédures en langage simple faciles à trouver pour demander des mesures de soutien; intégrer des contrôles d’accessibilité dans les évaluations des risques, les analyses de sécurité de l’emploi et les modèles de planification d’urgence.
B) Infrastructures et environnement
Normes techniques pour la conception de laboratoires accessibles : Il est absolument nécessaire d’établir une norme technique détaillée pour guider la conception de laboratoires accessibles. Une telle norme devrait intégrer des considérations de sécurité, l’utilisation de dispositifs d’assistance et d’équipements adaptés, et définir comment ces éléments peuvent être gérés efficacement dans des environnements de laboratoire complexes, y compris les environnements à confinement élevé et à contamination contrôlée.
Auditer les laboratoires et mettre en œuvre des solutions rapides : Réaliser des audits d’accessibilité participatifs pour faire ressortir les barrières réelles; créer un référentiel central des conclusions d’audit; mettre en œuvre des trousses à solutions rapides (rampes portatives, mobilier ajustable, signalisation, outils ergonomiques) tandis que des correctifs plus importants sont programmés.
Rénover systématiquement selon une approche à plusieurs niveaux : Les niveaux peuvent inclure l’immédiat (faible coût/sans regret), le moyen terme (mises à niveau progressives : éclairage, acoustique, TI pour l’accès à distance) et le long terme (renouvellement du capital). Relier les mises à niveau aux cycles de recapitalisation et effectuer le suivi des progrès.
Résoudre la sécurité des personnes et les lacunes en matière d’urgence : Déployer des alarmes visuelles et sonores, des postes de lavage des yeux/douches accessibles, des chaises d’évacuation et des voies de sortie inclusives; veiller à ce que les procédures d’urgence attribuent des rôles et soient exercées avec et par les employés qui ont besoin d’aide.
Aborder l’environnement sensoriel comme une exigence de conception : Aménager des zones calmes, gérer le bruit et l’éblouissement, ajouter un éclairage de travail, appliquer des pratiques de réduction des odeurs et maintenir la stabilité de la température – cela est particulièrement important pour le personnel neurodivergent et les personnes présentant des sensibilités sensorielles.
Planifier des environnements à confinement élevé/contrôlés : Intégrer l’accessibilité dans les transitions d’entrée/sortie, les zones d’habillage et les espaces de décontamination des appareils de mobilité. Élaborer des protocoles d’urgence inclusifs pour concilier biosécurité et autonomie.
Exploiter la technologie pour élargir la participation : Mettre à l’essai des interfaces de contrôle à distance, la robotique, les jumeaux numériques 3D pour la planification et la formation, ainsi que des modèles de participation hybrides afin que le personnel puisse contribuer lorsque l’accès physique complet est limité.
C) Effectif, formation et culture
Offrir une formation ciblée et appliquée (pas simplement des cases à cocher) : Exiger une analyse simple des lacunes; utiliser le microapprentissage avec pratique et contrôles des compétences pour les superviseurs et les chefs de laboratoire; inclure l’apprentissage axé sur les cas pour différents types de handicap et contextes de laboratoire. La formation devrait également permettre de mieux comprendre pourquoi l’accessibilité est importante, en explorant le capacitisme, le capacitisme internalisé et les nombreuses façons dont la discrimination peut se manifester dans les comportements, les propos et les décisions du quotidien. Nombre de dirigeants, de collègues et d’équipes ne se rendent peut-être pas compte à quel point les formes subtiles de capacitisme érodent une culture d’accueil et d’inclusion. Cette formation devrait viser à développer la sensibilisation, la responsabilisation et la confiance nécessaires pour intégrer l’accessibilité à titre de responsabilité commune à tous les niveaux de la pratique scientifique.
Opérationnaliser une expérience respectueuse et uniforme en matière de mesures d’adaptation : Créer un système d’admission centralisé avec des normes de service; faire du Passeport pour l’accessibilité un dossier portable et standard examiné lors de l’intégration et des changements d’affectation; créer une bibliothèque de prêt d’outils adaptatifs; normaliser des vérifications d’accessibilité de 15 minutes lors des réunions individuelles entre les employés et leur gestionnaire.
Renforcer la culture et la responsabilité : Fixer des objectifs d’inclusion dans les ententes de rendement; soutenir les réseaux de pairs et le mentorat; lutter contre le harcèlement et la discrimination en formant les gestionnaires et en leur imposant des conséquences; assurer une co-conception précoce et itérative pour établir la confiance et fermer les boucles de rétroaction.
D) Coordination, mesure et mise à l’échelle
Autonomiser la communauté de pratique interministérielle : Formaliser et appuyer le mandat de la Communauté de pratique (CdP) sur l’accessibilité dans les laboratoires scientifiques fédéraux, dirigée par Ressources naturelles Canada et Laboratoires Canada. Fournir des ressources et une plateforme de connaissances pour faire part des audits, des correctifs, des détails de conception, du langage d’approvisionnement et du rendement des fournisseurs; s’aligner sur la norme Conception accessible pour l’environnement bâti (CAN/ASC B651:23) de Laboratoires Canada et de l’Association canadienne de normalisation, co-marquée par le Groupe CSA et Normes d’accessibilité Canada.
Mesurer ce qui compte et le signaler : Exiger des notices d’impact sur l’accessibilité dans les approbations de projets de laboratoire; publier les progrès annuels; créer des fiches d’évaluation ministérielles sur l’accessibilité; et aligner les mesures sur la surveillance existante (SCT, Services publics et Approvisionnement Canada, Laboratoires Canada) pour intégrer l’accessibilité dans les cadres de résultats.
Établir la priorité avec des critères transparents et mettre à l’essai l’innovation : Appliquer des tests uniformes – la sécurité des personnes, l’activation des fonctions essentielles et la portée des répercussions – et utiliser des projets pilotes (par exemple, des hottes aspirantes réglables, des systèmes distants comparables à moindre coût) pour apprendre rapidement et évoluer.
Perspectives propices aux décisions et paramètres à surveiller
Outre les mesures décrites ci-dessus, les efforts de surveillance et de mesure permettront de garantir que ces changements produisent les améliorations d’accessibilité attendues et aideront à alerter les parties prenantes lorsqu’il peut être nécessaire de changer de cap. Voici certains éléments à surveiller :
Capacité et représentation de l’effectif : Suivre la part des scientifiques handicapés (base de référence 3,5 %), les taux d’embauche, de promotion et de maintien en poste; comparer les objectifs ministériels (par exemple, 5 000 nouvelles embauches nettes d’ici 2025) et les rapports d’étape de la LCA.
Rendement des dispositifs d’accessibilité : Respect des normes de service (pourcentage de demandes traitées dans les délais), délai entre la demande et la mise en œuvre, utilisation du Passeport et volume de prêt de la bibliothèque.
État de préparation de l’environnement bâti : Nombre de laboratoires conformes à la nouvelle norme de conception universelle; nombre de systèmes d’urgence offrant une parité visuelle et sonore; nombre d’améliorations rapide mises en œuvre par trimestre; taux de clôture des audits et délais pour apporter des correctifs.
Indice sensoriel et environnemental : Améliorations mesurées du bruit, de l’éblouissement, de la stabilité de la température; nombre de zones calmes; conformité en matière de gestion des odeurs.
Intégration de la co-conception : Nombre de projets intégrant la participation de personnes ayant une expérience vécue dès les premières étapes; pourcentage d’étapes de conception avec approbation de la co-conception; taux de clôture de la boucle de rétroaction.
Accessibilité de l’approvisionnement : Pourcentage de demandes de propositions incluant des critères d’accessibilité; pourcentage d’attributions notant les fonctionnalités d’accessibilité des fournisseurs; croissance des stocks d’équipements accessibles.
Mesures des résultats : Diminution des obstacles signalés et des incidents de harcèlement liés au processus d’adaptation; performance lors des exercices de sécurité pour une évacuation inclusive; productivité du laboratoire et taux d’erreur lors de l’adoption d’outils multimodaux.
Ce que cela signifie pour les dirigeants
Les risques stratégiques sont réels (non-conformité juridique; responsabilités en matière de sécurité; attrition des rares talents en STIM) et persisteront sans normes plus claires, gouvernance plus forte et financement constant. Les retours stratégiques sont plus importants : les ministères qui proposent des laboratoires accessibles débloqueront un bassin de talents élargi, amélioreront la sécurité et la résilience opérationnelle et éviteront des rénovations coûteuses. Les possibilités de modernisation (par exemple, Laboratoires Canada) représentent les moments les moins coûteux pour institutionnaliser la conception universelle et la co-conception.
Considérer l’accessibilité comme un attribut de qualité essentiel du système scientifique. Intégrer l’accessibilité à la planification des immobilisations et à la gestion quotidienne : mesurer celle-ci et diriger visiblement selon la culture. C’est ainsi que la fonction publique atteint l’objectif à l’horizon de 2040 de la LCA tout en renforçant la capacité scientifique du Canada.
Objectifs à long terme
Créer un groupe de travail des SMA sur les laboratoires accessibles : Fournir une surveillance pangouvernementale, établir des jalons et lier ces derniers à la gouvernance de Laboratoires Canada pour garantir l’intégration de l’accessibilité à tous les projets actifs et planifiés.
Lancer des audits de référence participatifs dans un ensemble représentatif de laboratoires : Remplir un référentiel central et publier pour chaque site un plan d’action comportant des correctifs et des priorités établies. Déployer des solutions rapides (actionneurs de portes, ajustements des postes de travail, signalisation, améliorations de l’éclairage) au cours du même exercice financier.
Publier des normes provisoires d’accessibilité des laboratoires et des clauses d’approvisionnement : Fournir une liste de contrôle relative à la conception universelle, des critères d’acceptation et des clauses de demande de propositions; exiger des notices d’impact sur l’accessibilité lors de l’approbation du projet et intégrer les normes dans les biens immobiliers fédéraux.
Créer un fonds centralisé de capital pour les travaux d’accessibilité : Inclure des volets de microsubventions et de rénovations progressives; lier les investissements aux cycles de recapitalisation et publier des critères d’attribution fondés sur l’impact (sécurité des personnes; activation des fonctions essentielles; portée des bénéficiaires).
Opérationnaliser une expérience uniforme en matière de mesures d’adaptation : Centraliser la réception des demandes; normaliser l’utilisation du Passeport lors de l’intégration et des changements d’affectation; lancer une bibliothèque de prêt d’outils adaptatifs; définir des normes de service et publier des tableaux de bord trimestriels sur le rendement.
Offrir des formations appliquées aux gestionnaires et aux responsables de laboratoire : Exiger des analyses des lacunes pour cibler le contenu; déployer des modules de microapprentissage avec des exercices pratiques; inclure des modules axés sur des cas portant sur l’embauche inclusive, la sécurité et les mesures d’adaptation propres aux laboratoires et renforcer les attentes en matière de culture respectueuse.
Renforcer la Communauté de pratique (CdP) sur l’accessibilité dans les laboratoires scientifiques fédéraux et la plateforme de connaissances : Financer une plateforme interministérielle pour transmettre les audits, les solutions, le rendement des fournisseurs et les projets pilotes; harmoniser cette dernière avec Laboratoires Canada pour accélérer la diffusion.
Publier les paramètres et la progression : Introduire des tableaux de bord d’accessibilité ministériels; rendre compte publiquement des mesures et des résultats chaque année; intégrer les cibles d’accessibilité dans les cadres de résultats et les accords de rendement.
Nous espérons que ce rapport renforcera et complétera les efforts déployés actuellement dans l’ensemble du secteur fédéral, qu’il s’inscrira dans le cadre du travail important déjà en cours et qu’il favorisera la poursuite des échanges de connaissances qui profitent à l’ensemble de la communauté scientifique. En exécutant ces prochaines étapes avec discipline et transparence, le gouvernement du Canada et ses partenaires universitaires feront progresser de manière concrète l’ambition de la LCA à l’horizon de 2040, non seulement en respectant les obligations juridiques, mais aussi en libérant l’excellence scientifique grâce à l’inclusion. Les données probantes sont claires : lorsque l’accessibilité est intégrée dès l’étape de conception, les laboratoires sont plus sécuritaires, plus productifs, et mieux à même d’attirer et de maintenir en poste les talents diversifiés dont le Canada a besoin.
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